L’entrepreneur social, un imaginateur de possibles
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Après ces digressions diverses, revenons-en si vous le voulez bien au but premier de mon séjour au Maroc. Le stage que j’effectue au sein de l’UIR consiste en effet en une prospective autour de l’entrepreneuriat social au Maroc.
Mais qu’est-ce que signifie cette expression barbare? Si l’on en reste aux chiffres, on a tendance à considérer que cette nouvelle façon de concevoir les rapports entre économie et social ne représente qu’une petite partie de la population active marocaine… Cependant, en rester à ce constat quantitatif serait perdre totalement la substance du concept. Les entrepreneurs sociaux sont ces hommes et ces femmes qui décident de trouver des solutions novatrices et efficaces face à des défis sociaux ou environnementaux rencontrés au sein de leur société. De la Grameen Bank, cette « banque des pauvres » fondée par Mohammed Yunus au Pakistan à la Fondation Ashoka (« ashoka » signifie « sans souci/inquiétude» en sanskrit), une myriade de projets prospère de part le monde dans l’optique de répondre de façon pragmatique à un besoin non ou mal couvert par le marché ou par l’Etat. Ainsi l’entrepreneuriat social peut-il être vu, au sens large, comme toute initiative privée dont la finalité sociale est supérieure ou égale à sa finalité lucrative.
Au Maroc, j’ai ainsi pu connaître des organisations dont la mission est de répondre à un besoin donné dans les domaines de la santé, l’éducation, l’environnement… Exemple concret à Casablanca: l’Association Solidarité Féminine (ASF) dont l’objectif est former et insérer professionnellement des mères célibataires. Cela implique donc de prendre en charge le logement et les médicaments de ces enfants nés hors-mariage. L’expression « imaginateur de possibles » prend alors tout son sens avec l’arrivée du défi financier : comment faire à ce que l’organisation atteigne son objectif social de façon pérenne et en toute autonomie avec cette contrainte budgétaire forte? Si l’on reprend notre exemple, l’association a créé un hammam-centre de soins et un restaurant. Les profits générés par ces activités sont alors réinvestis intégralement dans l’objet social de l’association, et ces femmes trouvent dans le même une insertion professionnelle pérenne.
Un autre cas réifiant est celui de l’association Al Jisr, qui implique des cadres d’entreprise dans l’amélioration des performances de l’école publique. En fonction des besoins de chaque école, l’association a lancé des Ateliers de solidarité numérique, des jeux d’échec, etc. Le résultat est fulgurant : l’association a acquis une véritable notoriété avec plus de 40 entreprises impliquées !
Il faut pourtant bien avouer que les entrepreneurs sociaux sont des originaux, et têtus de surcroît. Qui voudrait croire à la viabilité d’un centre de rééducation des personnes handicapées géré lui-même par des handicapés ? Personne, mais l’Amicale Marocaine des Handicapés l’a fait. La phrase que j’entends le plus lors de mes entretiens avec des entrepreneurs sociaux est : « Le problème, ce n’est pas le financement, ce sont les idées ! Si l’idée est là, les fonds viendront ensuite.» Si le projet est économiquement viable, si l’on arrive à démontrer son impact social, je vous assure que la capacité de conviction des entrepreneurs est contagieuse, expérience vécue !
Au contact de ces projets tous plus innovants les uns que les autres, je me suis alors imaginé ce que je pourrais développer à mon niveau un jour en France, ou si j’étais marocain au Maroc. Recréer du lien social et de l’emploi dans des villes nouvelles en y revisitant le principe du « ferran », ces fours à pain qui participaient à la création d’un espace public dans les anciennes médinas ? Trouver un mode de transport innovant et écologique pour les centaines de Slaouis espérant un hypothétique grand taxi pour rentrer chez eux le soir?
Tout ne changera pas en un jour, et d’ailleurs ces projets n’ont pas vocation à cet objectif impérialiste de « changer le monde ». Il s’agit plutôt de trouver des solutions novatrices et efficaces face à tel défi rencontré au sein de mon quartier, de ma ville, de ma vallée, puis de mettre en lumière les pratiques qui fonctionnent dans un lieu pour les adapter ou pas ailleurs.
Vous qui lisez ce spot, quelque soit votre situation, vous avez une responsabilité : celle de taper des mots sur votre moteur de recherches tels que « Darna », « Fondation Schwab», « Injaz Morocco », « We Make Sense » ou encore « PlaNet Finance Maroc », celle d’en parler autour de vous, et d’imaginer de ce que moi-étudiant, moi-mère au foyer, moi-professionnel du milieu médical, je pourrais faire à mon niveau concernant tel défi qui me tient à cœur.
